Les pigeonniers
L'élevage intensif des pigeons apparaît en Charentes à des époques très reculées, probablement au Moyen Age. Les bâtiments construits à cet effet portent divers vocables comme l'attestent certains lieux-dit relevés en pays charentais: colombier, pigeonnier ou fuie. Les plus anciens colombiers qui nous sont parvenus ont été édifiés à la fin du XVIè siècle.
Quelques dates inscrites sur les bâtiments eux mêmes donnent aussi quelques précisions. Nous avons dénombré au total, les uns en ruines, d'autres restaurés inscrit parfois à l'inventaire des immeubles protégés, environ 300 répartis dans les deux départements charentais. Beaucoup sont isolés, élevés près des logis ou des châteaux; certains, moins en vue, intégrés aux dépendances. Ronds ou carrés, ils ressemblent à une tour ou à un pavillon, coiffés d'un toit de tuiles plates que domine souvent une girouette représentant un pigeon à l'envol. Cette saillie en pierre semblable à un larmier, est nécessaire pour empêcher les rats, fouines et belettes, de poursuivre leur ascension le long du mur et de pénétrer dans le colombier par les ouvertures supérieures.
Retenons aussi dans la silhouette bien particulière d'un colombier en bon état, la présence de lucarnes indispensables à l'aération et à l'ensoleillement de l'habitat. Parfois, pour les mêmes raisons, mais apportant une note très esthétique, un lanternon à jour vient couronner la construction. Pour les retenir en groupe dans le colombier, il leur faut un habitat bien aménagé, agréable à vivre, blanchi à la chaux. Pour ce qui concerne l'emplacement de l'édifice, son exposition convenable, son peuplement judicieux, d'anciens ouvrages d'agriculture nous apportent de multiples conseils. L'assiette d'un colombier doit être ordinairement dans l'endroit de la basse-cour le plus éloigné de la maison à cause de repos dans lequel les pigeons se plaisent à vivre, un peu élevé pour ne point être humide.
Au début du peuplement, pour accoutumer les pigeons au colombier, de manière qu'ils ne quittent pour aller en d'autres, on prend les pieds et la tête d'un bouc, on les fait bouillir jusqu'à ce que la chair se détache des os. On hache cette chair fort menu puis on la met à bouillir dans le même bouillon jusqu'à ce ce qu'elle soit réduite en gelée. Après cela ayez de la terre à potier bien tamisée, pétrissez-la avec votre gelée, ajoutez-y une bonne quantité de sel, d'urine, les vesces, du cumin, du chenevis et quelques autres grains de blé. Mélez bien le tout et faite des boulettes à mettre à sécher au soleil ou au four. Ensuite mettez les en plusieurs endroits du colombier. Si les boulins de pierre garnissent souvent l'intérieur des plus vieux colombiers, des pots de terre cuite ont également été utilisés comme nichoirs. De forme évasée ou cylindrique, à embouchure ronde ou rectangulaire, ils sont entassés les uns sur les autres, calés avec des éclats de pierre que consolide un mortier au sable. Seules les ouvertures rondes apparaissent sous un enduit à la chaux qui recouvre tout le parement intérieur de la tour. A part une exception, les colombiers que l'on peut voir aujourd'hui dans la campagne charentaise ne sont plus en activité. Désertés par les pigeons depuis longtemps faute de soins, ils nous sont parvenus en mauvais état, humides, les boulins moussus ou cassés.
Et à raisons de plusieurs couvées par an, un élevage de pigeons était d'un bon rapport. En effet, au bout de six semaines, un pigeonneau devient bon pour la vente à la consommation et le colombier en produisait un grand nombre en une seule année. Mais l'apport alimentaire n'est pas la seule raison qui a poussé nos ancêtres à construire des pigeonniers. Aux temps reculés, l'agriculture ne connaissait pratiquement que le chaulage et le fumier d'animaux pour engraisser les terres. La colombine, cette fiente abondante des pigeons apparaissait alors comme un engrais précieux. Mélangée avec du terreau on l'utilisait notamment pour le lin, le chanvre et les cultures potagères. Il s'en faisait même un commerce très lucratif pour le propriétaire du colombier.
Si l'on veut établir une classification des différents pigeonniers des Charentes, on peut distinguer deux sortes d'édifices: les colombiers à pied uniquement réservés aux pigeons, et les édifices à étage, bifonctionnels, ayant un pigeonnier construit au dessus d'un four, d'une cave, d'un porche ou d'un rez de chaussée servant à l'élevage de petits animaux, lapins ou volailles. Oiseaux nuisibles, les pigeons le sont effectivement quand ils prélèvent leur nourriture sur les récoltes ou dans les champs ensemencés. Quand un colombier contient deux à trois mille nids, on peut imaginer les dommages causés aux alentours par les occupants en liberté.
Le 4 août 1789, tous les droits exclusifs ont été abolis par décret, y compris celui du colombier. Il est précisé que les pigeons devront être enfermés à certaines époques de l'année, sinon tout pigeon en liberté pourra être chassé comme gibier. C'est vers la fin du XIXè que la plupart des pigeonniers important cessent leur activité.
Devancé par l'élevage intensif de poules et autres animaux de basse-cour et entretient trop onéreux et trop délicat. Il reste cependant quelques beaux édifices, vestiges parfois restaurés.
Chez nous: Pigeonnier de la Maison Boissier Descombes, chez Masset, Brie